Space Invaders
sorti en 1978 sur borne d’arcade
Space Invaders en Dibond rouge – layer art à couches empilées
Détruire des vagues d’aliens au canon laser, en se déplaçant horizontalement sur l’écran. Quarante-cinq ans plus tard, l’envahisseur est toujours le pictogramme le plus reconnaissable du jeu vidéo.
Créée par Jim.b à partir de Dibond usiné à la CNC, elle est la seule pièce de la série dont les couches sont empilées en hauteur plutôt que refermées sur un volume. 96 strates de 3 mm sur 18 mm de profondeur seulement, maintenues par 77 entretoises, posées sur un socle en chêne massif.

Description artistique
L’alien de Space Invaders n’a jamais été dessiné : il a été construit. En 1978, la mémoire disponible imposait de composer chaque sprite dans une grille de quelques pixels, ligne par ligne. La forme que tout le monde reconnaît — corps trapu, deux antennes, pattes écartées — n’est pas une illustration stylisée, c’est le résultat direct d’une contrainte technique.
L’empilement horizontal rejoue cette contrainte avec un autre matériau. Chaque plaque est une ligne de la grille, découpée à sa largeur exacte et posée sur la précédente. On ne sculpte pas un volume, on reconstitue une trame — et les décrochements du contour ne sont pas des marches à corriger, ce sont les pixels eux-mêmes, rendus en aluminium.
Les espacements achèvent la citation. Entre chaque couche passe un filet de vide qui raye la pièce sur toute sa hauteur, exactement comme les lignes de balayage d’un écran cathodique séparaient les rangées de pixels sur la borne d’arcade.
Le résultat est une sculpture qui change de couleur selon l’angle. De face, elle est rouge : on voit les plaques de dessus. De trois quarts, le regard ne rencontre plus que les chants — l’âme polyéthylène noire prise entre deux peaux d’aluminium — et l’envahisseur devient une masse sombre où le rouge ne survit que par éclats, sur le dessus des épaules et sous les porte-à-faux. C’est une pièce rouge qui passe l’essentiel de son temps à être noire.
Avec 18 mm de profondeur, elle refuse d’ailleurs le volume. Elle ne se contourne pas, elle se regarde de face — comme un écran. Le chêne massif, chaud et vivant sous une matière industrielle froide, est le seul élément qui la ramène dans le monde physique.
Technique et matériaux
La pièce est fabriquée dans l’atelier de Peter Meili, à l’aide d’une machine CNC. Les 96 strates sont découpées dans du Dibond de 3 mm — composite de deux peaux d’aluminium laquées enserrant une âme polyéthylène — puis assemblées à la main et maintenues par 77 entretoises.
La difficulté est inverse de celle d’un empilement plein. Les antennes, les bras et les pattes se détachent du corps et forment des colonnes indépendantes, qui ne tiennent que par leurs entretoises, sans appui latéral pour rattraper une dérive — et sur une forme faite d’angles droits, le moindre écart casse l’alignement d’un pixel sur toute la hauteur.
Surtout, l’ensemble ne touche son pied que par deux points. Les deux pattes basses sont les seules colonnes en contact avec le chêne ; entre elles et de part et d’autre, le corps est suspendu dans le vide. Toute la masse des 96 plaques travaille donc en porte-à-faux sur deux appuis distants, et l’équilibre a dû être calculé avant la découpe : c’est la répartition des pixels eux-mêmes qui fait tenir la pièce.
Le Dibond n’autorise aucune reprise. Pas de ponçage des chants, pas de peinture, pas de vernis : le rouge est celui de la laque d’usine, et la finition sort de la découpe. Ce qui est perdu en rattrapage est gagné en netteté — sur une forme entièrement faite d’angles droits, l’arête vive de l’aluminium donne une précision que le bois ne pourrait pas tenir.
L’ensemble repose sur un socle en chêne massif.

| TECHNIQUE | Découpe CNC |
| MATÉRIAUX | Dibond – épaisseur: 3mm |
| FORMAT | H: 330mm – L: 225 mm – P: 18 mm |
| COUCHES | 96 |
| ENTRETOISES | 77 |
| SUPPORT | Chêne massif |
| COLLABORATION | Atelier: Peter Meili |
| LIEU D’EXPOSITION | Bernard Stackelberg – Legend Art Gallery |
